Éduquer plutôt que réprimander

Claudia

Claudia Fortier
Publié le 09 février 2016

Nouveau programme «Soutien au comportement positif» à l’école Plein-Soleil

L’école Plein-Soleil de Thetford Mines a instauré, depuis septembre dernier, un nouveau système de gestion du comportement des élèves qui vise à les éduquer de manière proactive et positive au lieu de les réprimander.

Cette méthode répandue un peu partout aux États-Unis, a traversé les frontières canadiennes et a été implanté dans plusieurs écoles du Québec par la Télé-Université (TÉLUQ) et Steve Bissonnette. L’école Plein-Soleil, de niveau primaire, est la première à instaurer ce système dans la Commission scolaire des Appalaches (CSA).

«Nous voulons avant tout créer un milieu d’apprentissage favorable tant pour le comportement que pour l’académique. Nous travaillons à changer le climat dans l’école entière», explique l’accompagnateur de la TÉLUQ, Normand St-Georges.

Au début de l’année scolaire, les membres du personnel et les parents du conseil d’établissement ont choisi d’enseigner principalement trois valeurs aux élèves, soit le respect, la responsabilité et l’engagement. De ces valeurs découlent des attentes comportementales dans les différentes aires de vie à l’école comme les classes, les corridors, le service de garde, la bibliothèque et le gymnase.

«Le plus grand changement provient du fait que les membres du personnel de l’école enseignent aux élèves, dès la rentrée scolaire, les bons comportements à adopter. Une fois l’étape de l’enseignement passé, on valorise les élèves qui manifestent les bons comportements en mentionnant ce qui a été bien fait. Inévitablement, plusieurs élèves autour adoptent le bon comportement», soutient la directrice de l’établissement scolaire, Marie-France Lessard.

Ainsi, plutôt que de réprimander un élève, l’enseignant va lui monter le comportement qu’il aimerait que l’enfant adopte tout en lui montrant comment le faire. De ce fait, la relation reste positive et non négative comme c’est le cas d’habitude. Toutefois, certains cas plus sérieux nécessitent encore des interventions plus serrées de l’école auprès des parents.

L’appui du personnel enseignant

Un projet comme celui-ci n’aurait pas pu se faire sans le soutien du personnel. Il a d’ailleurs été soumis à une consultation et 95 % d’entre eux se sont dits intéressés. «Notre mission comme enseignants est d’instruire, de socialiser et d’éduquer. Toutefois, la partie « éduquer » était souvent mise de côté. Cette nouvelle méthode amène beaucoup de changements et un apprentissage pour nous aussi, mais nous avons plus l’impression de remplir notre mandat», mentionne Mélina Cliche, enseignante à l’école Plein-Soleil.

Nous sommes devenus l’école du bonheur! Tout n’est pas parfait, mais l’atmosphère est beaucoup plus positive.Mélanie Routhier, éducatrice spécialisée

Le renforcement positif verbal est utilisé abondamment dans les classes et les aires de vie de l’école. Des jetons sont aussi remis aux élèves au cours de la journée. Cela leur permet d’accumuler des privilèges individuels, de classe et d’école. «C’est notre façon de célébrer les efforts de nos élèves. Il est important de mentionner que contrairement aux anciennes pratiques, tous les élèves participent aux célébrations, ce qui contribue à augmenter le sentiment d’appartenance envers leur école», ajoute Mme Lessard.

Même à la maison

Dans le but de mettre sur pied ce projet, l’école a mis à profit l’aide des parents qui se sont montrés très réceptifs. Plusieurs ont même demandé des rencontres dans le but d’en apprendre plus à propos du renforcement positif pour bien l’appliquer chez eux.

«C’est un très beau projet qui apprend aux enfants le bon comportement. On lit souvent que c’est préférable de leur apprendre de façon positive et c’est exactement ce qui est fait. On leur montre quoi faire plutôt que leur dire quoi ne pas faire. Les enfants savent plus à quoi s’attendre», souligne la présidente du conseil d’établissement, Cynthia Boucher.

«Ça rend l’ambiance plus positive et ça améliore la relation entre l’enfant et l’adulte. La perception que l’enfant a de l’adulte sera plus quelqu’un qui va l’aider au lieu de le réprimander», raconte la mère d’un enfant fréquentant l’école Plein-Soleil, Jézabel Amesse.

Selon une autre mère qui est également enseignante dans une école, Marie-Josée Parent, une différence s’est faite dans le comportement de son enfant, même à la maison. «Ils sont maintenant capables de mettre des mots sur ce qu’ils font. Par exemple, ils savent bien mieux maintenant ce qu’est le respect. C’est aussi beaucoup moins répréhensif qu’avant.»

Enfin, notons que l’école Plein-Soleil est actuellement un projet-pilote pour la CSA. Si tout continue de bien aller et si le personnel enseignant des autres écoles appuie les démarches, le projet pourrait s’étendre à l’ensemble de la commission scolaire.

Voir l,article ici http://www.courrierfrontenac.qc.ca/Actualites/2016-02-09/article-4431127/Eduquer-plutot-que-reprimander/1#extra_content

 

 

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A propos stevebissonnette2012

Monsieur Steve Bissonnette est professeur titulaire au Département d'éducation à la TÉLUQ depuis juin 2012. Au cours des années précédentes, il a également été professeur et directeur adjoint au Département de psychoéducation de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) au campus de Saint-Jérôme. Son domaine de spécialisation est l'intervention en milieu scolaire. Il a travaillé, pendant plus de 25 ans, auprès des élèves en difficulté et du personnel scolaire dans les écoles élémentaires et secondaires ainsi qu'en Centre Jeunesse. Le professeur de la TÉLUQ s'intéresse aux travaux sur l'efficacité de l'enseignement et des écoles, à l'enseignement explicite, à la gestion efficace des comportements ainsi qu'aux approches pédagogiques favorisant la réussite des élèves en difficulté. Monsieur Bissonnette est le premier chercheur canadien dont les travaux portent spécifiquement sur l’implantation d'un modèle de réponse à l'intervention comportementale soit le Soutien au Comportement Positif (SCP) ou Positive Behavioral Interventions and Supports (PBIS) dans les écoles francophones, et ce, depuis plus de 10 ans. De plus, le professeur Bissonnette collabore avec l'Université de Liège et celle de Mons à la mise en oeuvre du SCP dans les écoles belges. Le SCP implanté à la commission scolaire des Laurentides, avec notre équipe de recherche, s'est mérité en 2019 le prix du ministère de la Famille « Ensemble contre l’intimidation, catégorie milieu scolaire ». Le chercheur de la TÉLUQ a prononcé plus de 500 communications en éducation et a participé à la rédaction de plus de 70 publications sur le thème de l'efficacité de l'enseignement et des écoles, dont son dernier ouvrage L'Enseignement explicite des comportements (2016). Au printemps 2012, monsieur Bissonnette a reçu, des étudiants en psychoéducation de l'UQO au campus de Saint-Jérôme, une mention d'honneur pour la qualité de son enseignement. À l'automne 2017, monsieur Bissonnette a reçu une mention d'honneur décernée par la TELUQ pour sa contribution au développement de l'université dans la catégorie Excellence en enseignement. Le professeur de la TELUQ est chercheur associé au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE) ainsi qu'au Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ).
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