La discipline à l’école

Normand Baillargeon

Portrait de Michel David, Mai 2018 Catherine Legault Le Devoir

2 novembre 2019 CHRONIQUE

Deux nouvelles ont attiré mon attention dans la toute récente actualité en éducation. Je vous parlerai de la deuxième un peu plus loin. La première, elle, concerne l’école du Havre-Jeunesse, qui faisait face à de graves problèmes de violence et de consommation, et qui a fait un bond spectaculaire dans son classement dans la dernière édition du palmarès des écoles. Bravo !

Avec son équipe, le directeur Simon Vézina s’est attaqué au problème, lequel était assez grave, rapporte-t-il, pour que des enseignants aient peur de se promener dans les corridors de l’école !

Voici posée, mais dans une forme extrême, la question de la discipline à l’école. Elle a de tout temps fait couler beaucoup d’encre.

Quelle discipline à l’école ? Pourquoi ? Comment ?

La discipline est d’abord cet ensemble de règles et d’obligations choisies ou imposées que suivent, ou du moins que devraient suivre, les membres d’un groupe. On parle ainsi de la discipline militaire ou de la discipline de vote au sein d’un parti politique.

La discipline, c’est aussi toutes ces manières par lesquelles on sanctionne les manquements à ces règles : elles sont souvent prévues dans un code disciplinaire.

Notez que cette idée d’un ensemble de règles devant être suivies définit aussi ce qu’on enseigne à l’école : des disciplines, justement, comme les mathématiques, la physique et autres.

Personne ne doutera que l’école dont j’ai parlé plus haut avait un sérieux problème de discipline et qu’il fallait agir. Mais si la question fait tant débattre, c’est qu’elle devient rapidement complexe. Quelles règles adopter, précisément ? Comment les implanter ? Comment les justifier, notamment sur le plan éthique ? Enfin, qu’est-il légitime de faire quand elles sont transgressées ?

Se noue ici, on le devine, toute une série de difficiles mais aussi incontournables problèmes théoriques et pratiques. Tous les acteurs de l’éducation, depuis les enseignants (parlez-leur-en !) jusqu’aux élèves, sans oublier les parents, les directions d’école et parfois même les tribunaux, en sont d’ailleurs bien conscients.

Notons encore qu’avec le temps, des formes de discipline et de sanctions disciplinaires autrefois jugées acceptables nous paraissent aujourd’hui indéfendables (le bonnet d’âne, la gifle…), tandis que nous apercevons de troublantes formes d’autorité disciplinaire là où on ne les voyait pas, ou pas si bien, hier encore — pensez par exemple à cette idée de curriculum caché, par quoi, au coeur même de l’acte d’éduquer, des formes insoupçonnées de pouvoir et de domination sont imposées. Le philosophe Michel Foucault a d’ailleurs pu suggérer (idée polémique et débattue…) que l’école est une sorte de microcosme de la société disciplinaire et de surveillance.

Mais en pratique, quelle discipline favoriser à l’école et comment l’implanter ?

J’ignore ce qu’on a fait exactement à l’école du Havre-Jeunesse, avec grand succès, semble-t-il. Mais je sais un peu ce qui s’est passé à la Commission scolaire des Laurentides.

C’est la deuxième nouvelle qui m’a frappé dans l’actualité et dont je voulais parler.

La méthode du soutien au comportement positif

Cette commission scolaire a semble-t-il obtenu, pour la cohorte 2011-2018, le plus haut taux de réussite de son histoire (76 %), en hausse de 5 % par rapport à l’année dernière. Parmi les nombreux facteurs qui expliquent ce succès, on invoque l’implantation d’un programme de Soutien au comportement positif (SCP). Les données de recherche rendent plausible cette hypothèse.

Ce type de programme (en anglais : Positive Behavior Interventions and Supports, PBIS) est de plus en plus répandu et s’implante chez nous. Parmi les raisons qui motivent cet intérêt, il y a qu’il vise à aider des élèves ayant des problèmes de comportement qui les rendent plus susceptibles d’échouer ou de décrocher. Bref : des élèves qu’on veut et qu’on doit aider et qui, de plus, nuisent parfois aux autres.

Ce qui est mis en place ce sont, au sein de toute l’école et de manière systémique, diverses techniques et stratégies non punitives, qui récompensent les efforts et qui misent sur le fait que l’apprentissage des comportements désirés se fait par l’observation d’autrui.

Ce système demande typiquement à l’école et au personnel un changement d’attitude, de mentalité et de manières de faire, et pour cela le changement visé doit non seulement être voulu, mais aussi préparé et encadré par des gens qui savent comment le mettre en place.

On détermine alors les valeurs prônées, les comportements observables souhaités, les moyens de les enseigner explicitement, le système de renforcement qu’on utilisera et bien d’autres choses encore. Mais le fait à retenir est que les résultats de recherche sont très encourageants.

Vous souhaitez en apprendre plus sur le SCP ? Steve Bissonnette est votre guide.

Les perles de la semaine

Il n’y a pas que les élèves qui en font, même les plus grands nous en offrent parfois.

Voyez plutôt :

« Je n’y vois plus clair, dit la vieille aveugle. » (Balzac)

« On avait marché onze heures, ce qui, avec les deux heures de repos laissées en quatre fois aux chevaux pour manger l’avoine et souffler, faisait quatorze. » (Maupassant)

« Pégase s’effarouche et recule en arrière. » (Boileau)

A propos stevebissonnette2012

Monsieur Steve Bissonnette est professeur au Département d'éducation à la TÉLUQ depuis juin 2012. Au cours des années précédentes, il a également été professeur et directeur adjoint au Département de psychoéducation de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) au campus de Saint-Jérôme. Son domaine de spécialisation est l'intervention en milieu scolaire. Il a travaillé, pendant plus de 25 ans, auprès des élèves en difficulté et du personnel scolaire dans les écoles élémentaires et secondaires ainsi qu'en Centre Jeunesse. Le professeur de la TÉLUQ s'intéresse aux travaux sur l'efficacité de l'enseignement et des écoles, à l'enseignement explicite, à la gestion efficace des comportements ainsi qu'aux approches et moyens pédagogiques favorisant la réussite des élèves en difficulté. Monsieur Bissonnette est le premier chercheur canadien dont les travaux portent spécifiquement sur l’implantation du système le Soutien au Comportement Positif (SCP) ou Positive Behavioral Interventions and Supports (PBIS) dans les écoles francophones. À ce sujet, monsieur Bissonnette est chercheur associé au centre Boscoville afin d'élaborer un modèle de réponse à l'intervention comportementale (RAIC). Le chercheur de la TÉLUQ a prononcé plus de 500 communications en éducation et a participé à la rédaction de plus de 70 publications sur le thème de l'efficacité de l'enseignement et des écoles, dont son dernier ouvrage L'Enseignement explicite des comportements (2017). Au printemps 2012, monsieur Bissonnette a reçu, des étudiants en psychoéducation de l'UQO au campus de Saint-Jérôme, une mention d'honneur pour la qualité de son enseignement. À l'automne 2017, monsieur Bissonnette a reçu une mention d'honneur décernée par la TELUQ pour sa contribution au développement de l'université dans la catégorie Excellence en enseignement. Le professeur de la TELUQ est membre de l'Ordre des psychoéducateurs et des psychoéducatrices du Québec (OPPQ) et chercheur associé au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE).
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